Nuit d’été

nuit d'été

C’était une jeune femme mince aux cheveux longs et lisses. Elle avait décidé de partir sur un coup de tête, au beau milieu du dîner, plantant son mari par la même occasion entre l’entrée et le plat principal. Elle ne supportait plus ces gens qui l’ennuyaient à mourir. Elle s’était soudain demandé ce qu’elle faisait là, parmi ces personnes qui critiquaient tout, qui se croyaient au-dessus de tout, qui ne voyaient que la laideur du monde. Elle les avait regardé s’écouter parler, eux qui ne savaient même plus goûter le plaisir d’être ensemble. Depuis combien de temps se connaissaient-ils ? Deux ans ? Cinq ans ? Qu’avait-elle pu leur trouver ? Etait-elle comme eux avant ?

Avant qu’elle ne comprenne qu’elle n’avait qu’une vie ? Avant qu’elle ne comprenne qu’elle s’était trompée de chemin jusqu’à présent ? qu’elle n’avait jamais vraiment vécu ? que jusqu’à présent elle n’avait fait que suivre les avis des autres, les attentes de ses parents, les envies de son mari ? Qu’elle avait oublié ses propres rêves, qu’elle avait oublié qui elle était vraiment. Qu’elle ne vibrait plus.

Depuis quelques mois, elle percevait ce léger mal-être qui ne dit pas son nom, qui instille petit à petit des pensées d’ailleurs, d’autre chose. Ce léger mal-être que personne ne comprend puisque tout est parfait. En apparence. Au départ, elle l’avait mis sur le compte de la fatigue, sur la baisse de moral hivernale, sur le stress de la vie quotidienne, sur le ras-le-bol qu’on éprouve parfois face à toute la lourdeur du quotidien.

Mais il y avait eu d’autres signes. Son corps qui se blessait régulièrement. Ses envies de ne rien faire. Son besoin de plus en plus fréquent d’être seule. De se retrouver dans le silence. De comprendre ce qui lui arrivait. Ses pensées qui s’échappaient du quotidien pour rêver d’ailleurs, d’autres possibles. Elle regardait ses enfants jouer, parler, rire et être heureux, goûtant le plaisir qu’on peut avoir dans l’insouciance du moment présent. Pourquoi n’éprouvait-elle plus cela ? Depuis quand avait-elle perdu cette légèreté d’être ? Trop longtemps sans doute.

Maintenant,  seule dans cette nuit d’été, elle se sentait perdue. Elle ne savait plus où aller. Quel chemin suivre quand on a toujours suivi l’autre ? Quand on a oublié d’écouter ses envies ? quand on a oublié qui on était vraiment ? Les choix sont difficiles quand il faut les prendre seule. Il y a bien des gens qui l’écoutent, qui veulent l’aider, la conseiller. Mais au fond, qui sont-ils ? la connaissent-ils vraiment ? ils n’ont toujours vu que l’image qu’elle voulait bien leur donner. Eux-mêmes sont aux prises avec leur propre vie, leurs propres croyances, leurs propres limitations. Il n’y a qu’elle qui puisse trouver son chemin. En écoutant son cœur, loin du monde et du bruit parasite.

Ce soir-là, seule sur un banc du petit parc, elle pleure doucement. Elle lâche toutes ses peurs enfouies pour ne pas les affronter, elle exprime tous ses regrets et ses erreurs, elle se demande pardon pour ne pas s’être écoutée plus tôt. A quelques mètres d’elle, une chouette lui témoigne sa présence bienveillante en hululant. Elle la  remercie silencieusement d’être là. Puis, au bout d’un long moment, ses larmes séchées, elle respire profondément avant de se remettre en chemin dans la nuit bien installée.

Elle le sait, demain matin en rentrant chez elle, elle trouvera la lumière qui guide son chemin. Le jour se lève toujours après la nuit.

Quel que soit votre ressenti à la lecture de ce texte, je vous invite à le partager  dans les commentaires !

Crédit photo : Julien Carosi
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