Les 10 meilleurs incipits que j’ai lus

Incipit ? Kezako me disent déjà certains… Oh rien de bizarre : ce joli mot désigne tout simplement le début d’un récit.  Pourquoi vous parler de cela ?

Si comme moi, vous lisez toujours (ou presque) la première page d’un livre avant de l’acheter (là je parle de livres que vous achetez dans une vraie librairie, bien physique, hein ;o)), il vous est sûrement arrivé de ne pas avoir envie de poursuivre la lecture plus loin… Ou alors, au contraire, de vouloir à tout prix tourner la page pour connaître la suite !

Bref, vous m’avez compris, l’incipit est très important : il s’agit du premier contact avec le lecteur, du moment décisif qui créera ou non le lien entre l’histoire et son lecteur. C’est pourquoi pour un auteur il est important de bien travailler son incipit. Il doit pouvoir accrocher le lecteur d’une manière ou d’une autre. Certains ont d’ailleurs marqué l’histoire de la littérature :

“Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement de-main. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.” – L’étranger, Albert Camus.

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » – Aden Arabie (1931), Paul Nizan

« Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s’est fait connaître et il m’a dit : “Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté.” » – L’Amant (1984),  Marguerite Duras

Personnellement, je n’ai pas forcément lu tous les livres dont les incipits sont si connus. Et établir un top 10 comme on le voit parfois me semble bien réducteur. Il existe tellement de livres et d’excellents incipits quelle que soit l’époque !

Du coup, en tombant sur ces fameux top 10 sur internet, je me suis plutôt demandée quels incipits m’avaient personnellement marqués, que ce soit pour leur étrangeté, leur mystère, leur humour, leur violence parfois… qu’est-ce qui avait fait que j’avais voulu lire ces livres.

Alors voici, non pas mon top 10, mais plutôt mes coups de coeur ;o)

Mes 10 incipits coups de coeur jusqu’à aujourd’hui

 

La Ferme africaine (1937) – Karen Blixen
“J’ai possédé une ferme en Afrique au pied du Ngong.”

J’avoue ne pas avoir lu le livre mais j’ai adoré le film qui commence par la reprise de l’incipit du livre, prononcé par la voix inoubliable de Meryl Streep. Toute l’émotion et la beauté de cette histoire sont contenus dans cet incipit.

L’instant précis où les destins s’entremêlent – Angélique Barbérat 2013
“J’aimerais remonter à l’instant précis où les destins s’entremêlent”, disait la mère de Kyle quand elle sortait de la salle de bains en portant ses lunettes de soleil. Kyle ne comprenait pas. Evidemment, il avait cinq ans. Est-ce qu’à cinq ans, on comprend ce genre de chose ? Est-ce qu’à cinq ans, on s’étonne que sa maman porte des lunettes de soleil à la maison ?”

J’aime cet incipit pour deux raisons : la première phrase, peu banale, suscite d’entrée de jeu une certaine curiosité. On remonte le temps, on parle de destins qui s’entremêlent donc de vies qui se croisent. Puis petit à petit, sans s’en rendre compte tout de suite, on comprend qu’il y a un problème. Une violence ordinaire proposée dans un écrin de douceur. Terriblement efficace.

L’atelier des miracles – Valérie Tong Cuong 2013
“L’odeur âcre, violente, s’insinuait dans chaque espace libre de mon corps, me piquait le nez et la gorge, assaillait mon cerveau englué de sommeil de ses rafales hargneuses”.

Etant très sensible aux odeurs, cet incipit ne pouvait que m’interpeller. Cette description un peu brutale et très réaliste nous met d’entrée mal à l’aise et l’on veut savoir pourquoi. Peut-être aussi un rappel du Parfum de Suskind…

La liste de mes envies – Grégoire Delacourt 2012
“On se ment toujours. Je sais bien par exemple que je ne suis pas jolie. Je n’ai pas des yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent, dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu’on plonge les sauver. Je n’ai pas la taille mannequin; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. Du genre qui occupe une place et demie. J’ai un corps dont les bras d’un homme de taille moyenne ne peuvent pas tout à fait faire le tour.”

Dans un style complètement différent des précédents incipits, celui-ci m’a beaucoup fait rire et continue de le faire. On sent tout de suite qu’on a à faire à un personnage vrai, entier et sans pitié avec lui-même. On s’attache tout de suite à lui et on a qu’une envie : le découvrir !

La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi – Rachel Joyce – 2012
“La lettre qui devait tout changer arriva un mardi. C’était une matinée de la mi-avril comme les autres, qui sentait le linge fraîchement lavé et l’herbe coupée. Rasé de près, en chemise et cravate impeccables, Harold Fry était installé à la table du petit déjeuner devant une tartine de pain grillé à laquelle il ne touchait pas. Par la fenêtre de la cuisine, il contemplait la pelouse bien entretenue, transpercée en son milieu par le séchoir téléscopique de Maureen et limitée sur les trois côtés par la palissade du voisin”.

Sans doute le plus classique des incipits présentés ici, c’est la toute première phrase qui a suscité ma curiosité. Une lettre qui change le destin, ce n’est pas banal. On a tout de suite envie de savoir : pourquoi ? que disait cette lettre ? en quoi son destin a-t-il changé ? Puis ensuite, on retombe dans une description plutôt classique qui pose bien la vie jusque-là tranquille du personnage principal. On sent que tout cela va voler en éclats.

Un ange à la fenêtre – Darcie Chan – 2013
“En écartant les rideaux de sa chambre pour jeter un coup d’oeil à l’extérieur, Mary McAllister savait que cette nuit serait la dernière”.

Du tragique dès la première phrase. Une fin de vie donc une vie à raconter. Peut-être un terrible secret. Peut-être des regrets. Associé au titre “Un ange à la fenêtre”,  le tour est joué pour titiller ma curiosité !

Alors voilà – Baptiste Baulieu – 2013
“7 heures, dans un couloir des Urgences. Je déteste commencer ma journée par une tentative de suicide. Mme Didon a avalé 14 comprimés d’une boîte, 9 d’une autre, 8 d’une troisième. Elle s’est réveillée, deux jours plus tard, assommée par les drogues. Sa soeur la giflait en appelant les secours. Les premiers bilans biologiques confirment notre examen : elle survivra. Le foie en vrac et contre sa volonté, mais elle survivra.”

Le seul de ces incipits qui ne soit pas de la fiction, mais un témoignage de ce que vit un médecin urgentiste, en l’occurence l’auteur Baptiste Baulieu. Bien sûr, on s’attend à ce que tout ne soit pas rose aux urgences, mais commencer directement par cette phrase nous plonge dans une dure réalité qu’on n’a pas l’habitude de vivre. La petite dose d’humour permet certes de prendre de la distance, mais étrangement, ne rend que plus réaliste la situation.

Les cinq personnes que j’ai rencontrées là-haut – Mitch Albom – 2003
“Laissez-moi, si vous le voulez bien, vous conter l’histoire d’Eddie, une histoire qui débute par sa mort lors d’une belle journée d’été. Une histoire qui commence ainsi peut paraître étrange, effectivement. Il suffirait pourtant que vous acceptiez qu’à leur manière les fins sont des commencements aussi, mais que l’on en a rarement conscience sur le coup, c’est tout”.

Là encore, on se retrouve d’entrée de jeu avec la mort. Mais cette fois, on ne nous parlera  pas de vie passée, mais d’une nouvelle vie. Quoi de plus intrigant ? Une vie après la mort ? J’adore déjà !

Le passeur du temps – Mitch Albom – 2012
“Un homme est assis, seul dans une caverne. Il a les cheveux longs, une barbe qui descend jusqu’aux genoux. Il a le menton posé au creux des mains. Il ferme les yeux. Il écoute. Des voix. Des voix sans fin. Elles montent d’un bassin dans le fond de la caverne. Ce sont les voix des gens sur Terre. Elles ne veulent qu’une chose. Le Temps.”

Et pour finir, un incipit qui nous promet une histoire hors de notre cadre connu, au-delà de nos petites vies. Avec le thème éternel du Temps, thème oh combien vaste et dont on ne fera jamais tout le tour de la question…

Voilà pour mes coups de coeur. Bien sûr il y en a d’autres, mais il fallait bien vous proposer une petite sélection !

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