La chambre

Fruit d’un atelier d’écriture, cette nouvelle est écrite à la manière de Georges Perec dans son roman “Les Choses”, dont le premier chapitre est entièrement écrit au conditionnel. Côté style, il s’agit d’une énumération des choses qui existent réellement, cette énumération décrivant d’abord l’ensemble pour aller ensuite vers chaque détail. Bonne lecture ;o)

Ce serait comme une grande chambre aux murs transparents, enchâssée entre deux autres chambres semblables en tout point. Sur le côté, pour entrer ou sortir, il y aurait une grande baie coulissante. Chaque mouvement annoncerait l’arrivée d’un étranger, bon ou mauvais, on ne pouvait pas le savoir tout de suite. Parfois avec une seringue. Cette seringue intrusive qui n’en avait jamais assez et reviendrait trois fois par jour demander son dû.

Le jour, derrière cette porte coulissante, il y aurait le ballet bien rythmé des chariots : celui des soins, celui des repas, celui du ménage. Trois chariots, trois étrangers différents. Parfois, on verrait surgir un enfant qui serait sorti de sa chambre pour aller jouer ou pour aller passer un examen un peu plus loin dans les étages.

Entre les chambres, les murs de vitre auraient des stores vénitiens pour laisser deviner l’existence d’autres êtres, d’autres vies en suspens.

Dans cette chambre, près de l’entrée, il y aurait une grande planche remplie de produits colorés et de pots pour bébé : les adultes ici ne savaient-ils pas qu’à 8 ans on peut aller aux toilettes toute seule ?

Dans cette chambre, un peu plus au fond, il y aurait deux lits un peu hauts et surmontés de barrières pour ne pas tomber. Mais comment tomber puisqu’il y aurait ces ceintures pour attacher l’enfant la nuit ? L’enfant ne pourrait pas comprendre. Les adultes, peut-être ?

A côté de chacun des lits, il y aurait un petit chevet pour ranger son sac d’affaires personnelles : quelques jouets, quelques livres, un pyjama et des vêtements de rechange, un doudou pour penser à la maison.

La nuit, ce serait tout autre. Les petites veilleuses du couloir central permettraient de ne pas avoir peur dans le noir. Quoique les ombres projetées ne soient pas si rassurantes que cela. De l’autre côté de la fenêtre, lorsque le volet roulant ne serait pas complètement baissé, l’enfant pourrait admirer toute la ville éclairée, chanceuse qu’elle serait de dormir sur la colline de Fourvière, ce point de vue si recherché.

Au loin, très loin, elle chercherait une petite lumière bienveillante : ce serait sa maison, ses parents qui l’attendraient.

La nuit, l’enfant serait enfin tranquille. Seule aussi. Elle mettrait longtemps à s’endormir. Parfois, elle serait réveillée en pleine nuit : des pleurs dans la chambre d’à côté, une lampe torche sur son visage pour s’assurer qu’elle dormait bien, ou encore un cauchemar sur ce qu’il l’attendrait le lendemain. Elle ne connaissait que trop bien les examens qui lui étaient réservés. Mais qui pouvait-elle, puisque c’était pour son bien ?

Au fond, la nuit, ce ne serait qu’une chambre parmi tant d’autres sur la Terre…

 

Quel que soit votre ressenti à la lecture de ce texte, je vous invite à le partager  dans les commentaires !

Crédit Photo : Paolo Margari
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