Le départ

La première version de cette nouvelle  a été écrite il y a quatre ans dans le cadre d’un concours  où il fallait utiliser la phrase “C’est maintenant que  tout commence”.  C’est en écrivant que le thème s’est imposé à moi. Je vous livre ici une version retravaillée ces derniers jours.

Le départ

7h52. Un bref coup d’oeil à ma montre dans cette file d’attente immobile. Toujours souriante, l’hôtesse d’accueil traite avec patience chaque enregistrement, impassible aux remarques acerbes de quelques passagers pressés d’embarquer. Mon tour arrive : une seule valise de 3,2 kg , mon billet pour Genève, mon passeport tout neuf établi uniquement pour l’occasion.

8h. Je suis installée dans la salle d’embarquement et passe le temps en observant les futurs passagers qui m’accompagneront : beaucoup d’hommes d’affaires, déjà rivés sur leurs smartphones ou tablettes, une famille de retour au pays, quatre personnes seules comme moi. A travers les vitres, je regarde le ballet incessant autour des appareils au sol pendant que l’on patiente dans les salons. Un peu plus loin, je suis des yeux l’avion qui décolle. Combien de passagers, combien de vies, d’histoires passées et à venir s’envolent ainsi vers l’inconnu ?

8h20. Une hôtesse nous invite à embarquer. Je prends mon sac posé à côté de moi et vérifie machinalement que je n’ai rien oublié. Il n’y a pourtant rien à vérifier : toute ma vie se trouve maintenant dans ma valise. La seule chose que je laisse derrière moi est cette lettre posée sur la table de la cuisine en partant.

8h30. Les passagers sont installés à leur place bon gré mal gré d’après le numéro inscrit sur leur billet. Je suis installée près du hublot, sans voisin. Tant mieux, pas de conversation à tenir, je pourrai dormir tranquillement. Il doit d‘ailleurs se réveiller en ce moment. Bien qu‘on soit dimanche, il ne se lève jamais bien tard.

Le commandant de bord nous souhaite la bienvenue, nous invite à attacher notre ceinture et nous promet un agréable voyage…

8h35. Nous sentons l’avion bouger. Il roule. Tout le monde est attaché, un étrange silence s’installe naturellement, laissant place à tous les espoirs possibles en devenir. Une nouvelle vie, un nouveau départ… ou pas.

Il a allumer la cafetière machinalement avant de prendre un bol dans le placard. Puis il a voir cette enveloppe posée au milieu de la table, avec son prénom écrit à l‘encre turquoise : Paul. Curieux, il l‘a ouverte et découvert ma lettre.

8h40. L’avion a maintenant décollé. Nous montons tranquillement, puis passons les nuages comme si de rien n’était. Deux kilomètres plus bas, sur la terre ferme, Paul, immobile, doit commencer de lire :

« Mon Amour,

Au moment tu lis ces lignes, je dois être dans l‘avion qui m’emporte loin de toi. Tu n‘as rien vu venir et c‘est tant mieux. Nous avons pu ainsi savourer chaque instant, chaque fou-rire, chaque silence, chaque regard plein de sous-entendus. Trois ans de bonheur intense ne nous soucions pas de l‘avenir et avions oublié le passé, puisque seul le présent comptait.

Jamais je n‘oublierai nos demi-siestes allongés au bord du lac d’Annecy, nos fous rires au théâtre, nos soirées au coin du feu tu me lisais mes romans préférés, nos pique-niques improvisés lors de nos escapades décidées sur un coup de tête, nos échanges devant un tableau ou autour d‘un verre, la première fois que tu m’as embrassée, notre premier saut en parapente, nos envies de voyage et pourquoi pas un tour du monde, et peut-être un enfant, un jour

Il y a six mois, j‘ai commencé à avoir des vertiges quand j‘étais seule à la maison. Puis des micro-paralysies du bras gauche qui duraient quelques minutes. Parfois, aussi, des maux de tête soudains. Je ne t‘en ai pas parlé : tu dramatises toujours tout. Le médecin m‘a prescrit un scanner et d‘autres examens. Diagnostic : une tumeur cérébrale maligne. Verdict : quelques mois, un an peut-être.

Au début, j‘ai pris quelques comprimés par jour, sans que tu le voies. Ça semblait fonctionner, j‘avais peu de crises. Mais il y a 3 mois, j‘ai eu de violents maux de têtes : un nouveau scanner a montré que la tumeur avait grandi. Comme on ne pouvait pas l‘opérer, le chirurgien a proposé d’essayer la chimio. J‘ai refusé. Je ne veux pas salir tous nos moments de bonheur pour gagner quelques mois de plus, enfermée dans une chambre aseptisée qui a déjà connu trop de souffrances.

Alors je préfère partir, pour que comme moi, tu gardes en toi le meilleur de ce que la vie nous a donné de vivre ensemble. Je veux m‘endormir avec le souvenir de ton sourire et de ton regard bienveillant posés sur moi. Je veux me rappeler la douceur de tes mains qui me réveillent chaque matin en douceur pour me ramener à la vie.

Je te supplie de ne pas essayer de me retrouver. Je vais mourir bientôt car je l‘ai choisi. En toute dignité. Je ne souffrirai pas.

J’emporte avec moi le souffle de ta voix quand tu susurres à mon oreille, la douceur de tes mains qui affolent mes sens au moindre contact, la chaleur qui inonde mon être tout entier dès que je pense à toi. Je remercie la vie de t’avoir rencontré et d’avoir partagé ce bout de chemin à tes côtés.

Je te souhaite de tout cœur une belle vie, pleine de bonheur et d‘amour. Ne t‘interdis pas de vivre, au contraire : vis pour deux, vis chaque instant comme s‘il était le dernier, soit présent dans chaque parole, chaque écoute, chaque geste. Sans l‘oublier, ne t‘accroches pas au passé. Il n‘existe plus, seul ton présent est vraiment réel.

Va, mon Amour, c‘est maintenant que tout commence. Je t‘aime.

Clara ».

 

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