Danse la vie

Elle se réveille parfois au beau milieu de la nuit. Elle n’ose pas se lever, de peur de réveiller son mari qui dort paisiblement à côté d’elle. Alors, pour occuper le temps, elle laisse son esprit divaguer au gré de ses souvenirs. Doucement, elle ferme les yeux et laisse venir. Souvent, elle repense à cette nuit de juillet où tout a basculé, où elle a découvert une autre facette d’elle-même.

Cet été-là, ils étaient partis en vacances au Maroc, dans un hôtel all-inclusive pour touristes. Elle n’était pas emballée à l’idée mais son mari avait insisté, prétextant qu’elle n’aurait rien à faire, qu’il y aurait des activités pour les enfants et eux-mêmes. Elle avait détesté. Aller si loin pour rester enfermée dans un hôtel la plupart du temps ou aller à la plage dépassait son entendement. Pour elle, voyager signifiait découvrir de nouveaux paysages, d’autres coutumes, rencontrer des gens différents, partir à l’aventure sans savoir où le chemin les mènerait. L’attitude de son mari l’avait profondément déçue, lui montrant déjà son côté petit confort à 40 ans, qui lui promettait un avenir trop paisible à son goût, loin de ses aspirations de liberté et de grands horizons. Les années suivantes lui avaient donné raison. Malheureusement. Par lâcheté sans doute, elle avait fini par renoncer à ses rêves d’espace et d’aventure, trop paralysée à l’idée de tout quitter pour se retrouver seule face à un avenir inconnu et peut-être pas si idyllique qu’elle aurait voulu. Parfois, rêver est plus rassurant que de vivre ses rêves.

C’était la dernière soirée de leur séjour. Comme tous les soirs, une animation était proposée aux pensionnaires de l’établissement. Il s’agissait d’une soirée dansante sur des musiques des années 90-2000, période qui lui rappelait ses 20 ans où elle s’était follement amusée. Son mari ne savait pas et n’aimait pas danser ; il ne voulait pas l’accompagner. Elle avait quand même voulu y aller, bien décidée à s’amuser pour oublier ce séjour désastreux.

Elle ne s’était pas précipitée sur la piste de danse tout de suite. Elle attendait qu’il y ait un peu plus de monde, les clients arrivant petit à petit au cours de la soirée. Tout en sirotant un cocktail un peu à l’écart, elle aimait d’abord observer les danseurs. Elle prenait le pouls de la salle, attentive au moment où la soirée basculerait dans une toute autre ambiance, où les danseurs se lâcheraient enfin, ne faisant plus attention aux regards portés sur eux, libérant ainsi tout leur potentiel corporel au rythme de la musique. Elle avait bien attendu deux heures avant de se lancer.

La piste de danse était bondée, tout le monde avait déjà bu plusieurs verres, les esprits étaient plus festifs et plus libres. Le DJ aussi avait su amener l’ambiance, en prenant bien soin de ne pas changer le rythme trop brutalement. Après les classiques tubes bon enfant pour mettre l’ambiance, il avait progressivement glissé vers des rythmes plus électroniques. Ce n’était pas pour lui déplaire, elle qui avait tant dansé sur la musique techno encore underground à son époque. Elle se souvenait pouvoir trouver un rythme très personnel où elle pouvait danser plusieurs heures d’affilée sans être fatiguée. Bien sûr, elle n’avait plus le même âge et il n’était pas dit qu’elle danse jusqu’à 5h du matin comme avant. Mais petit à petit, elle se laissait aller au gré des différents rythmes, libérant cette sensualité si féminine qui s’exprimait à travers le balancement de tout son corps, tout en douceur et en lenteur.

Il devait être 1h du matin, les familles et les vieux couples étaient partis se coucher, le DJ avait senti que les danseurs restants pouvaient se laisser embarquer par de la musique plus planante. Elle ne réfléchissait plus, laissant les rythmes envahir son corps et son esprit, les yeux le plus souvent fermés pour ne pas sortir de ce qui ressemblait à un véritable état de transe. Elle oubliait alors tout son quotidien ennuyeux, s’imaginait un avenir libre et sans contrainte, où tout était possible.

Toute à l’écoute de la musique, elle n’avait pas remarqué le danseur qui s’était rapproché d’elle. C’est en ouvrant brièvement les yeux qu’elle le remarqua. Leurs regards se croisèrent, elle lui sourit naturellement. Il s’approcha un peu plus, calant son rythme sur le sien. Elle ne recula pas, attentive à son regard et son sourire qui ne lui déplaisaient pas.

Etait-ce la chaleur ? Etait-ce cette musique si particulière qui les amenait dans un état second ? Etait-ce le goût de l’interdit ? Lentement il continua de se rapprocher. Elle avança dans sa direction. Tout en soutenant son regard, il se mit juste devant elle. Elle se colla à lui, ses mouvements de hanche s’ajustant parfaitement aux siens. Il caressa son bras. Elle laissa faire. Puis ses mains se posèrent sur ses fesses. Elle fit de même. Tout naturellement, leurs bouches se trouvèrent, délivrant cette extase propre au lâcher prise total et au corps qui prend le contrôle sur le mental.

Des années après, elle se rappelle encore l’intensité de ces baisers qui furent aussi lents que longs, calés sur le rythme enivrant de la musique. Leurs corps collés l’un à l’autre ondulaient dans un même mouvement empli de douceur et de sensualité. Leurs mains aussi se laissèrent aller à l’exploration de leurs corps respectifs, avec ce toucher si présent qui s’exprime quand on leur fait confiance. Elle laissa cet inconnu caresser ses seins, ses hanches, son sexe qui ondula de plaisir tout en continuant de danser. Elle aima toucher ce corps aux formes très masculines, sentir ce désir sauvage qui transpirait dans tous ses gestes. Elle perdit complètement la notion du temps, s’abandonnant totalement à l’intensité du moment. Elle, qui d’ordinaire restait sur sa réserve, découvrit ce soir-là cette facette à la fois sensuelle et sauvage qu’elle ne connaissait pas et dont le seul souvenir lui permet encore aujourd’hui de retrouver cette puissante énergie féminine profondément ancrée en elle.

Jamais elle ne le revit, jamais elle ne sut son prénom. Seules les images fugaces quand elle ouvrait les yeux et les sensations ressenties restaient gravées pour longtemps dans sa mémoire. Jamais elle n’en parla. C’était son secret, un cadeau de la vie qui n’appartenait qu’à elle.

Quel que soit votre ressenti à la lecture de ce texte, je vous invite à le partager  dans les commentaires !

Crédit photo : Ynot-Na

Tenez-vous au courant des nouvelles publications !
Nous prenons soin de vos données personnelles ;o)

Partagez si vous aimez ;o)
  •  
  •  
  •  
  •  
  • 1
  •  
  •  
  •  
  •  
    1
    Partage
  •  
    6
    Partages
  • 5
  •  
  •  
  • 1
  •  
  •  
  •  

2 commentaires

Laissez un commentaire !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.